Qui est cet éternel premier ? Sans lire le pitch de la pièce (ce que nous confessons faire parfois chez SOLD OUT), nous nous attendions, ma jeune compère et moi, à une pièce sur un jeune (premier évidemment), beau gosse, un peu arrogant, un peu prétentieux même, à qui tout réussi. On l’imagine au cinéma, sous les lumières de la gloire, toujours en haut de l’affiche. Et on se demande bien quel revers de fortune, saura réjouir nos instincts les plus sinistres… “Quelle est donc la divine tuile qui va bien pouvoir suspendre cet éternel premier au sommet de sa gloire ?”

 
L’éternel premier de la sueur et du bitume…
eternel premier theatre de la pepiniere anquetil
 

Arrogant ? oui, ce jeune l’est sans doute… 

Beau gosse ? à voir l’acteur qui l’incarne, probablement. 

Toujours devant ? oui c’est le cas de le dire ! 

Mais sa gloire, cet éternel premier ne la doit pas au cinéma. Non, c’est sur le bitume, sur les pavés, dans la sueur d’efforts insensés que cet éternel premier a forgé sa renommée. En pédalant !

Non mesdames ne fuyez pas. Oui, il s’agit bien de cyclisme. Mais en fait pas vraiment de cyclisme. De cyclisme  parce que nous parlons de Jacques Anquetil. Et que Jacques Anquetil, c’est LE cycliste des années 60. Mais, ce n’est pas tout! Jacques Anquetil était une rock star ! Et c’est bien au destin d’une rock star que nous allons assister pendant une heure vingt au Théâtre de la Pépinière. 

 

Anquetil : une Rock Star 

Sa Gibson à lui : c’est un vélo. Ses cordes, dont il use avec virtuosité : des pédales. Sa drogue : le pot belge. Oui cette pièce aurait pu avoir pour sujet Johnny Halliday, Michael Jackson, des êtres au destin hors normes. 

Car, bien avant l’arrivée des Beatles ou de notre défunt demi Dieu Jojo, ce qui animait la France, c’était le vélo. Pas de télé, un accès à la culture limité, le cinéma est confidentiel; Malraux l’opiacé, n’a pas encore été appelé par le Grand Charles pour élever le niveau général des troupes. L’opium du peuple c’est la petite reine, le biclou. Les foules attendent l’été pour se jeter sur les routes du Tour et approcher leurs idoles fugitives qui gravissent déjà les cols comme des éclairs piqués par je ne sais quelle substance divine.

Anquetil est le roi, C’est un Nabab, un demi Dieu, il est au dessus du lot… Il commande des huitres et du champagne avant de triompher dans une course de 200 km.
 

La grâce sur scène et en selle

C’est ce destin et cette manière si contemporaine de le raconter, que l’on a adoré découvrir un dimanche glacial d’octobre. Dès les premières minutes c’est le choc! Dans une lumière magique digne d’une prestation de Nicolas Jaar à l’Olympia (souvenir), d’effets vidéos réussis et pas gratuits, un jeune homme blond au faux airs de James Dean et au parfait corps de cycliste s’élance dans le vide. Il pédale, vite puis très vite, puis de plus en vite. Récitant une divine et poétique logorrhée sur l’effort, l’ivresse de la course, la folie du succès, seul en scène pendant prés de quinze minutes. Ma jeune compère et moi sommes saisis. l’émoi nous a pris. La Grâce est là. Elle ne nous lâchera pas de la pièce. La Grâce fait sens, car oui, Anquetil est une rock star et les rock stars sont habités par la Grâce. Le destin hors du commun de cet homme se chargera de nous garder en haleine jusqu’à la fin de la pièce. 

 

Une modernité jouissive 

Techniquement aussi la pièce est parfaite. Parfaite dans son rythme, pas une lenteur, pas d’excès de mouvement. A l’image de son thème, la mise en scène de Roland Guenoun est décalée, déstabilisante à souhait, et donne une modernité jouissive au sujet peu raccolleur du cyclisme. Les lumières sont à niveau d’exigence trop rare dans le théâtre privé. Les dialogues n’osent même pas un seule seconde flirter avec l’ordinaire. Gardons le meilleur pour la fin les comédiens sont géniaux par leur présence, la maitrise de leurs rôles respectifs. Matila Malliarakis est simplement magnétique tout comme on imagine un Anquetil magnétique. Clémentine Lebocey donne une réalité à un homme et à son destin hors du commun. 

 

Encore un spectacle dont Ruquier n’a pas parlé à ONPC! Il aurait dû ! SOLD OUT s’en charge.

En selle, courez au théâtre de la Pépinière, découvrez cet éternel premier et partagez cette critique.

Scénario: (4,5 / 5)
Décor: (4,5 / 5)
Interprétation: (4,5 / 5)
Ambiance: (5,0 / 5)

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