Le pitch : quand la grenouille de bénitier croise Belzébuth !

A la mort de son mari, Sophie, jeune veuve bourgeoise catholique “très légèrement tradi sur les bords”, découvre que son défunt mari lui a fait une “petite”  cachotterie : la  société dont il était gérant, et qui avait le mérite de faire vivre toute cette jolie famille très “Figaro Madame”, n’était pas tout à fait une honorable entreprise de transport, comme elle le croyait, mais plutôt une usine à porno, une société de production de films X, si vous préférez.

Sans ressources, malgré sa stupéfaction et contre ses principes, la veuve « bigote »  n’a pas d’autres choix que de reprendre le fripon business de son mari, et de découvrir les affres de l’industrie du X.

Mon amie Alix et moi 

Qu’on se le dise, je ne connaissais pas plus l’envers du décor du business du X que Sophie, la veuve éplorée. Et encore moins mon amie Alix, jeune mariée, récemment convertie au bienfait de la Messe hebdomadaire, qui m’accompagnât, ce soir-là, au Théâtre de la Renaissance.

En prenant place, en vue d’assister à une pièce de théâtre d’une heure trente sur le porno, je n’étais pas réellement convaincue de la pertinence de mes choix. Adapter au théâtre, et qui plus est dans un théâtre historique parisien, une série de Canal assumée comme sulfureuse – et créée pour sauver les quelques abonnés qui osent encore payer 39 euros/ mois à l’heure de Netflix – voilà qui relevait du challenge ! Parce que oui, on a tous et toutes vécu(e)s cette scène : otage du pénible de service ! Coincé (e) dans un diner par LE gros relou, qui se croit hilarant et spirituel en déclinant son chapelet de vannes de cul déplacées et sans intérêt, et qui ne s’arrête jamais. Bref, ça sentait un peu la stratégie marketing; la pièce qui va “décoincer Maman” ou réveiller Papa.

L’industrie de la déviance : décor d’une comédie irrésistible

On pouvait craindre le pire, on a eu le meilleur! Maintenant, que l’on vous a mis en situation, nous pouvons vous le dire : “Hard” est loin de ce cliché abominable. Le pari est totalement réussi ! Bruno Gaccio, provocateur historique et auteur des Guignols, bien connu pour son amour de la surenchère et de la provocation infiltre, avec “Hard“, l’industrie du porno. Il provoque, au travers de cette pièce, le bourgeois dans un cadre bourgeois. Bruno Gaccio grâce à un talent d’écriture unique, son sens du décalage, (et une mise en scène parfaite) réussit l’exploit de transformer le milieu glauque à souhait, de l’industrie du porno (désolée c’est un jugement de valeur), en  décor d’une comédie irrésistible.

Quand Alix a les yeux qui pétillent

Loin des blagues lourdes et des vulgarités inappropriées, les dialogues et la mise scène nous tiennent jusqu’à la dernière scène. Le public et mon amie Alix rient. Certes, parfois, d’un rire quelque peu pincé, en particulier au début de la pièce… Puis, soudain, un objet “très légèrement” incongru à la forme phallique largement évocatrice,  fait son apparition sur scène. Et là Victoire! Mon Alix a les yeux qui pétillent, elle exulte face à cette représentation de l’industrie porno assez bon enfant. Finalement, tout le monde s’encanaille dans un rire exutoire qui ne s’arrêtera qu’à la tombée du rideau.

Une écriture chirurgicale au service du rire

La recette de Cathy Verney et Bruno Gaccio est simple : on rit, on ne juge pas. Pas de provocation gratuite, tout est au service du rire ! Leur écriture décapante donne vie à ce joyeux bordel qui dépoussière le théâtre de boulevard “à la Papa”.  Car comme dans le “bon boulevard”, c’est bien la précision chirurgicale de l’écriture qui donne le ressort comique et qui rend cette pièce hilarante, après l’avoir rendu acceptable au bourgeois. On sent que les auteurs se sont amusés à dresser de manière “très rigoureuse” la liste des pratiques les plus déviantes; pour nous décontenancer (un peu), mais surtout pour nous faire pleurer de rire.

Les deux auteurs se sont attachés à édifier des personnages totalement délurés, incarnés par une troupe d’acteurs délirants, grivois jusqu’au bout des ongles. SOLD OUT salue particulièrement le jeu des 3 protagonistes masculins.

Une grosse production trop rare à Paris.

Vous êtes lassés des décors minimalistes, de ces pièces où les comédiens déplacent eux-mêmes deux chaises et trois coussins qui font office de décor ? Allez voir “Hard“, vous ne serez pas déçu. C’est une magnifique production, trop rare à Paris. Dès la première scène (l’enterrement) on est saisi par le travail de mise en scène presque cinématographique.  Les décors s’enchaînent rapidement. L’abondance des accessoires toujours plus incongrus, rythme la pièce en crescendo quasi orgasmique. Un condensé de péripéties très bien ficelées cadencent la pièce, sans jamais nous lasser et nous amène au comble du rire pour notre plus grand bonheur.

Tu vois Alix ? Oui, finalement on peut rire de (presque) toutes les vannes, tout dépend de l’exigence de celui qui les écrits.

Courrez donc voir cette pièce qui donne la peche !

Ce qu’on a aimé :

  • Une bande de comédiens qui ne débandent pas
  • Un décor hardcore
  • Un texte qui parle de sexe sans être vulgaire

Les moins :

  • Le happy end est un peu cliché et attendu. Mais peu importe, la plupart des spectateurs ont déjà vu la série et connaissent la chute. Ils sont venus pour “voir les acteurs en vrai” et “rire aux éclats”.

Scénario: (3,5 / 5)
Décor: (4,5 / 5)
Interprétation: (4,5 / 5)
Ambiance: (5,0 / 5)

Auteur : Cathy Verney, Bruno Gaccio
Artistes : Nicole Croisille, Claire Borotra, François Vincentelli, Charlie Dupont, Isabelle Vitari, Stephan Wojtowicz, François Marielle, Sarah Gelle, Dany Verrissimo
Metteur en scène : Nicolas Briançon

Durée : 1h30

Théâtre : Théâtre de la Renaissance

Jusqu’au 6 Janvier 2019

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