Une grande pièce au Théâtre La Bruyère Paris

La vie rêvée d’Helen Cox d’Antoine Rault est un petit bijou de théâtre. Une subtile composition de rires, de sensualité fantasmée et de bovarysme contemporain. Ici, point d’effets de manches convenus. La mise en scène délicate, ne fait que surligner l’écriture fine et à propos de l’auteur, portée par un duo de comédiens aussi justes que puissants. Courrez-y, la vie d’Helen Cox continuera de vous réjouir jusqu’au 1er décembre au théâtre La Bruyère à Paris.

Le pitch 

Helen Cox est vendeuse de lingerie. Elle rencontre Paul, au cours d’un vernissage d’art contemporain. Et c’est bien le corps d’Hélène (également modèle du peintre) qui est porté en grands formats sur les murs de la Galerie. Elle fait découvrir à Paul, ce corps, son corps – objet du vernissage – fragmenté et sublimé par l’artiste « façonniste ».
Paul est dentiste, la quarantaine, séduisant, genre vieux beau, mais légèrement annihilé par son quotidien et parfaitement étranger à l’art contemporain. Toutefois, le fantasme lié à la découverte impromptue de ce corps s’installe chez lui. Helen le sent, Helen en joue. Helen et Paul tenteront ensemble l’aventure d’une nouvelle vie. 
Mais voilà, Helen dans un bovarysme revisité, vit sa vie autant qu’elle la rêve. Avec Paul, elle veut refaire sa vie. Enfin, elle va essayer. Car Helen « s’invente » une grande passion, avec  L’HOMME IDEAL :  Robert, acteur bellâtre hollywoodien au sommet de sa renommée et accessoirement « sosie de Paul ». Fruit de son imagination ? rêve ou réalité ? Comment concilier la vie et l’amour tel qu’on le rêve ? ».  
Renouveler un thème classique du cinéma par une écriture intransigeante
Dès lors, «  Comment concilier la vie et l’amour tel qu’on le rêve ? », tel est le thème principal abordé par Antoine Rault, auteur de la pièce et lauréat du Grand Prix de l’Académie Française pour le Caïman en 2005, (interprétée par Claude Rich). 
Antoine Rault, alternant un irréel parfois burlesque et une « aigre-douce » réalité, nous offre un miracle d’écriture et renouvelle le thème « chabrolien » du personnage bourgeois qui cherche à s’échapper de son quotidien par le rêve. Car c’est bien la propension au fantasme d’Helen qui mettra en souffrance son couple. L’auteur ayant toujours l’infinie délicatesse de ne jamais caricaturer comme une absurdité kafkaïenne le quotidien de couple, somme toute, ordinaire.  

Un duo d’acteurs à découvrir

Robert et Paul (le mari et l’amant) sont joués tour à tour par Jean Pierre Michael, ancien pensionnaire de la Comédie Française. Il campe ses deux rôles avec une justesse et une autorité simplement parfaites. 
Passionnée, désabusée, nostalgique ou sexy, Christelle Redoul (rendue célèbre par son rôle dans Nos chers voisins) s’affirme comme une interprète exceptionnelle : étonnante, touchante, fantasmagorique. Campant à merveille une Helen Cox insaisissable, elle magnétise durant tout le spectacle (1 heure 15) le public du Théâtre de La Bruyère. 
Des tableaux composés comme des séquences cinématographiques
Si le thème du rêve et du fantasme, est un régal pour les réalisateurs, tant il se prête au genre cinématographique, il s’avère relativement rarement traité au théâtre. Or, c’est par une mise en scène d’une simplicité biblique et d’une précision Dantesque que Christophe Lidon, le metteur en scène, fait avancer la pièce par tableaux. Des tableaux composés justement comme des séquences cinématographiques jouant sur des jeux d’éclairage et de contrastes subtils qui soulignent l’intention émotionnelle de chaque scène pour mieux faire valoir le charme paradoxalement unique de “la vie rêvée d’Helen Cox”.

Scénario: (4,0 / 5)
Décor: (4,5 / 5)
Interprétation: (4,5 / 5)
Ambiance: (4,0 / 5)

Auteur : Antoine Rault
Artistes : Christelle Reboul, Jean-Pierre Michaël
Metteur en scène : Christophe Lidon

Durée : 1h15

Théâtre : Théâtre La Bruyère

Jusqu’au 6 Janvier

Leave a Reply